À soixante-huit ans, Éric Février incarne l'esprit du bénévolat et du don de soi. Entre un parcours professionnel mené à la Sécurité Sociale et un engagement associatif frôlant les cinquante heures par semaine, ce père et grand-père dévoué a tissé au fil des décennies une toile humaine indéfectible au cœur de notre ville.
Rien ne prédestinait ce natif de Steenwerck à un tel avenir. Ayant perdu son père à l'âge de sept ans, Éric grandit auprès d'une mère veuve et courageuse qui élève seule ses quatre enfants. Grâce à l'intervention du maire de l'époque, Gérard Haesebroeck, la famille trouve un logement à Armentières et s'installe dans le quartier Roger Salengro. C'est à l'âge de quatorze ans qu'Éric découvre cet univers urbain, lui qui arrivait tout droit de la campagne. Élève studieux scolarisé à l'institution Saint-Jude, il se passionne pour les mathématiques et passe l'essentiel de son temps à écouter de la musique, plutôt casanier et peu enclin à sortir.
Les premiers pas dans la vie associative
Deux ans plus tard, depuis son balcon, il est interpellé par des jeunes en bas de l'immeuble, il se joint à eux pour fonder une équipe de football. Le maire donne son accord à une condition : qu'ils intègrent le Meel Club, ancêtre du centre social Salengro actuel. C'est le point de départ de son aventure dans le bénévolat, c’était en 1976. À dix-huit ans, il y est nommé trésorier pour la première fois de sa vie, marquant le début d'une longue série de responsabilités. Leur équipe, le Local Club de Jeunes (LCJ), reconnue par la ligue officielle de football, finira par se dissoudre pour laisser place à de nouvelles activités lors de la construction du nouveau centre social Salengro.
Le sens du devoir et des rencontres marquantes
Plus tard, lors de son emménagement dans le quartier Hémar, il fait la rencontre déterminante de Louis Jean, livreur de charbon bien connu des Armentiérois·ses, avec qui il crée un club de supporters du LOSC. C’est à cette période qu’un surnom affectueux lui est attribué : « Picsou », certains ne connaissant même pas son vrai prénom.
Derrière cette légèreté se cache aussi un grand sens du devoir. Durant ses études, pour aider sa mère aide-ménagère confrontée à des difficultés financières, il travaille aux champs avant d'écourter son cursus pour soulager sa famille, entamant par la suite une carrière professionnelle à la Sécurité Sociale.
C'est également dans le tissu associatif qu'il croise la route d'Évelyne, son épouse. Une rencontre évidente, un mariage rapide et une union de 50 années dont il dit sans hésiter : « Si c'était à refaire, je ferai pareil ». Car pour mener de front une vie de famille et un engagement frôlant les cinquante heures hebdomadaires de bénévolat, le soutien indéfectible d'une épouse est indispensable, tout comme la capacité à mettre sa propre carrière au second plan.
Une vie au fil de l'eau
Son sens de l'engagement et sa légendaire incapacité à dire « non » le conduisent en 1990 vers le club armentiérois de pêche : l’APPA. Lui qui n'y connaît alors absolument rien accepte d'y entrer comme animateur, avant d'être propulsé président en 1992, lors d'une assemblée extraordinaire, à la suite de la démission du précédent dirigeant. Pensant assurer un simple remplacement temporaire en attendant le successeur, ce mandat durera finalement trente-trois ans. Un flambeau récemment transmis à sa fille, Sarah, tout en gardant le rôle de secrétaire pour continuer à veiller sur la structure : « on ne se débarrasse pas de moi comme ça », sourit-il. Aujourd'hui, non seulement il sait pêcher, mais il préside également depuis 2021, l'EAA (Espace Associatif Armentiérois) et Les Infatigables (AAPPMA, Association Agréée de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique), gérant les étangs, la Lys et les permis de pêche « Les élections ont lieu tous les cinq ans, je me représente cette année car ça a du sens, il y a un lien certain avec la pêche ».
La plus belle des récompenses
Pour Éric, ce qui anime ce marathon du cœur, c'est le simple bonheur de faire plaisir, de donner de son temps et de voir les gens heureux. Convaincu que le bénévolat est la plus belle des choses, il n'attend d'autre contrepartie que des retours humains sincères. Il se montre profondément reconnaissant envers toutes les belles rencontres que cette vie associative lui a offertes, couronnée récemment par la médaille de la Ville remise par Monsieur le Maire : « une magnifique reconnaissance reçue entouré de mes amis », conclue t-il.

