Ancienne maison de commerce de la famille Mahieu, ce bâtiment emblématique du patrimoine industriel armentiérois a connu plusieurs vies après la fin de son activité commerciale. Protégé au titre des monuments historiques, il est aujourd’hui reconverti en un lieu mêlant culture, restauration et activités professionnelles, avec notamment le cinéma Mégarama.

Le cinéma Mégarama est à l’origine une maison de commerce fondée par Auguste Mahieu-Delangre. La famille Mahieu s’installe à Armentières en 1749. L’un de ses membres, Thomas Mahieu-Rose (1760-1827), se lance dans le commerce de fabrication de toile. Il installe des métiers à tisser à la main chez des tisseurs à domicile et leur fournit la matière première. Une fois tissées, il récupère les toiles, rémunère les tisserands et vend les toiles sur les marchés.

En 1829, son fils Auguste Mahieu-Delangre (1805-1880) lui succède. Il installe une filature de lin rue Deceuninck en 1839 (actuel collège Saint-Charles), et un tissage rue du Molinel en 1845 (bâtiment détruit dans les années 1980).

En 1860, c’est au tour d’Auguste Mahieu-Ferry (1834-1900), fils aîné du précédent, de reprendre les affaires familiales. Il modernise les usines en installant des machines à tisser et à filer mécaniques. L’entreprise linière de la famille Mahieu devient alors l’une des plus importantes implantée dans le Nord.

En 1881, Auguste Mahieu-Ferry fait construire une maison de commerce à proximité de la gare. Elle lui permet de recevoir ses clients qui arrivent par la voie ferrée dans des locaux plus luxueux que les usines et d’acheminer plus facilement les toiles de lin par train.

À l’inverse des usines, la maison de commerce est à l’image du prestige de l’entreprise. Les industriels peuvent se permettre des extravagances dans l’architecture et dans le décor. Elle doit notamment impressionner le client par sa richesse.

La façade monumentale de la maison de commerce est construite en pierre blanche et surmontée des blasons des villes ayant des liens commerciaux avec l’entreprise. L’ensemble du bâtiment est séparé en deux parties par un hall central construit avec des matériaux modernes et rares pour l’époque, la fonte pour l’ossature de la toiture et le fer forgé pour la verrière. D’un côté de ce hall se trouvaient les ateliers et l’entrepôt de toiles et de l’autre, les bureaux administratifs.

La maison de commerce Mahieu, avant 1914

Au décès d’Auguste en 1900, sa veuve, Marie-Louise Ferry, reprend les rennes de l’entreprise. Malheureusement, leurs deux fils, Auguste et Michel meurent au combat pendant la Première Guerre mondiale et l’entreprise familiale se retrouve sans héritier. Après 1918, la maison de commerce, lourdement touchée par les obus, doit être reconstruite. Elle est rebâtie à l’identique.

La maison de commerce Mahieu en ruines, vers 1919
La maison de commerce Mahieu détruite, vers 1919

En 1938, Madame Ferry s’éteint à son tour. L’entreprise cesse d’appartenir à la famille mais continue de fonctionner. Elle cesse progressivement son activité dans les années 1960 et la maison de commerce devient un entrepôt pour l’entreprise de couverture Beaudeux et Fils de 1969 à 2003. En 2001, le bâtiment est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Le quartier de la gare avec la maison de commerce Mahieu, 1926
Les bâtiments occupés par la société Beaudeux, années 1980

En 2001, la municipalité commence à rénover le quartier de la gare et projette d’implanter un cinéma dans l’ancienne maison de commerce Mahieu. Après l’ouverture de la médiathèque « l’Albatros » en 2007, le cinéma « Les Lumières » ouvre dans une aile de la friche Mahieu en 2014. Depuis 2025, le cinéma a intégré le groupe Mégarama et a ainsi pris ce nom. L’autre partie du bâtiment est occupée par le restaurant « L’Atelier de Mademoiselle » et par les locaux de « La Manufacture » qui propose des salles de réunions, de conférences, de formation ou encore de séminaires. Ce lieu est géré par l’association de l’AFEJI qui accompagne toutes les personnes vulnérables sur le territoire depuis sa création en 1962.

L'entreprise Beaudeux, 2001
L'entreprise Beaudeux vue de la rue Paul Pouchain, 2001
La halle centrale de la friche Beaudeux, 2005
Le magasin de la friche Beaudeux, 2005
La façade du bâtiment, 2026

Suite de l'exposition

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