À Armentières, plusieurs bâtiments ayant connu des fonctions très différentes ont finalement été réhabilités en établissements scolaires. D’une ancienne église provisoire à une filature ou une usine de teinturerie, ces reconversions permettent aujourd’hui de préserver et de transmettre une part du patrimoine historique et industriel de la ville.

L’église provisoire – école privée Sainte-Famille

Pendant la Première Guerre mondiale, la ville d’Armentières a été bombardée par les Allemands de manière quotidienne. En 1919, il est estimé que 90 % du patrimoine bâti de la ville a été endommagé et que 70 % de ce patrimoine est totalement détruit. L’église Saint-Vaast, la plus ancienne de la ville a été presque entièrement détruite et le culte ne peut plus y avoir lieu. Il faut alors trouver une solution. Une église provisoire est construite de toute urgence rue des Rotours (actuelle rue du Président Kennedy). Elle accueille les fidèles jusqu’à l’inauguration de la nouvelle église Saint-Vaast en 1927. L’ensemble du bâtiment est sobre, traduisant la nécessité de construire au plus vite une église. Seule une croix au sommet de la façade indique qu’il s’agit d’un lieu de culte.

En 1930, l’abbé Dalmar transforme l’église provisoire en une salle de spectacle. Les bâtiments situés à proximité abritent une école libre, c’est à dire une école privée. En 1942, le cinéma « Le Central », précédemment installé rue de Dunkerque, est transféré dans l’ancienne église provisoire et devient, dans les années 1950, la plus grande salle de la ville avec ses 900 places. Une décennie plus tard, Jean Poher reprend l’exploitation du cinéma mais ne peut empêcher sa fermeture le 14 mai 1977. Le bâtiment reste inoccupé quelques années puis après une période de travaux, il est transformé en salles de classe pour l’école privée Sainte-Famille.

Les ouvriers déblayant les ruines de l'église Saint-Vaast, 1920
L'église provisoire Saint-Vaast, années 1920
Le concert de la Sainte-Cécile dans l'église provisoire, 1920
Une sortie de mariage à l'église provisoire, années 1920
La salle de cinéma "Le Central", années 1960
L'enseigne de l'ancien cinéma "Le Central", 1989
Le cinéma "Le Central" à l'abandon, août 1997
Le cinéma "Le Central" à l'abandon, août 1997
L'école Sainte-Famille, 2026

La filature Mahieu – collège Saint-Charles

En 1839, Auguste Mahieu-Delangre établit, rue Notre-Dame (actuelle rue Ernest Deceuninck), une filature de lin. Cette dernière marque un tournant dans l’histoire industrielle d’Armentières puisqu’il y installe la toute première machine à vapeur pour le lin de la ville. La superficie du terrain est modeste, 4950 m², et l’usine est simplement composée d’un atelier de fabrication avec un étage et une cour. En 1841, une cheminée haute de 25 mètres est construite pour recracher la fumée au-dessus des habitations.

En 1860, son fils, Auguste Mahieu-Ferry, entre dans l’entreprise familiale. Il construit une filature rue Victor Hugo à Houplines en 1865. Ayant fait construire deux autres filatures beaucoup plus grandes, une à Houplines et l’autre rue du Molinel, Auguste Mahieu-Ferry ne souhaite pas conserver celle de la rue Deceuninck.

En 1884, il vend le terrain à la commune et l’établissement est transformé en école. Cette dernière prend le nom d’école Sainte-Anne puis d’école Saint-Charles.

Un papier à en-tête des établissements Mahieu avec une miniature de la filature rue Deceuninck, fin du 19e siècle
La cour de l'école Saint-Charles, 1989
Région Hauts-de-France - Inventaire général
L'école Saint-Charles, 1989
Région Hauts-de-France - Inventaire général
Le collège Saint-Charles, 2026

L'usine de teinturerie Vandewynckèle – institut Nicolas Barré

En 1862, M. Vandewynckèle installe sur un terrain vague une usine de teinturerie. Cette dernière est détruite lors de la Première Guerre mondiale et reconstruite dans les années 1920. Sa date de fermeture est imprécise mais intervient avant 1969.

En 1903, un groupe d’industriels souhaite permettre la formation des ouvriers qualifiés et des employés, notamment dans la sténographie. Il dispense alors des cours théoriques dans des locaux de l’Institution Saint-Jude. En 1912, il forme le « Syndicat d’études et d’apprentissage de l’industrie textile ». Ce dernier prend ensuite le nom d’Institut Saint-Louis en l’honneur de Louis Duthilleul, industriel qui souhaitait que les ouvriers armentiérois puissent approfondir leur formation technique.

En 1969, l’Institut Saint-Louis quitte les locaux de Saint-Jude pour ceux de l’ancienne usine de teinturerie Vandewynckèle. Enfin, en 2014, l’institut fusionne avec l’Institut Familial d’Armentières, lycée d’enseignement professionnel créé en 1947, pour former l’Institut Nicolas Barré (fondateur des écoles charitables né en 1621 et décédé en 1686).

L’implantation de l’Institut Saint-Louis a permis la conservation de l’usine de teinturerie. Son bâtiment principal a été conservé bien que les façades aient été modifiées pour répondre aux besoins de l’établissement scolaire (création de classes par exemple). La cheminée n’a quant à elle pas été conservée.

Récemment, l’ancienne entrée de l’usine, comportant une habitation, des bureaux et la conciergerie de l’usine a été démolie pour laisser place à la nouvelle entrée de l’institut et à l’administration.

La teinturerie Vandewynckèle reconstruite, mars 1927
'institut Saint-Louis dans les locaux de la teinturerie Vandewynckèle, 1989
Région Hauts-de-France - Inventaire général
L'institut Saint-Louis dans les locaux de la teinturerie Vandewynckèle, 1989
Région Hauts-de-France - Inventaire général
L'ancienne entrée de l'établissement, 1989
Région Hauts-de-France - Inventaire général

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