Le château Debosque illustre l'évolution d'une imposante demeure privée devenue, au fil des décennies, un équipement public au service des habitants. Il témoigne de la capacité du patrimoine à s'adapter aux besoins de la ville tout en conservant son identité architecturale.

Les entreprises Debosque, fondées au début du 19e siècle, sont l’œuvre de plusieurs générations qui ont laissé leurs empreintes dans la ville, aussi bien dans les monuments publics que dans leurs demeures personnelles.

Maurice Debosque (1878-1937) succède à son père César comme entrepreneur en travaux publics et particuliers. Il installe son entreprise sur une vaste parcelle rue des Chauffours, le long de l'ancienne Lys et érige une briqueterie dans le hameau du Bizet. À l'issue de la Première Guerre mondiale, Maurice Debosque devient l'un des principaux artisans de la reconstruction d'Armentières. Dès décembre 1918, il dirige les travaux de déblaiement de la ville avant de participer à la reconstruction des églises Notre-Dame, Saint-Louis, Saint-Joseph et du Sacré-Cœur, de la brasserie Motte-Cordonnier ainsi que, aux côtés de l'architecte Louis-Marie Cordonnier, de l'hôtel de ville, de l'église Saint-Vaast et du monument aux morts. Son entreprise emploie alors jusqu'à 500 ouvriers.

En 1930, Maurice Debosque et son épouse Marie Conreur font construire leur résidence familiale au 29 rue Jean Jaurès, à proximité de leur entreprise. Cette élégante demeure de style anglo-normand se compose d'un salon-salle à manger s'ouvrant sur une terrasse et un parc, de trois grandes chambres, de deux bureaux, d'une salle de jeu, de trois caves à vin, d’un logement de concierge et de garages. Les aménagements intérieurs témoignent du soin apporté à sa réalisation : boiseries, cheminée sculptée, vitraux, mosaïques et nombreux éléments décoratifs confèrent à l'ensemble un caractère remarquable.

L'arrière du château Debosque en 1931
Le salon du château Debosque en 1931

En 1960, une première partie du domaine est expropriée afin de permettre l'agrandissement du collège de jeunes filles voisin. Après le décès de Marie Debosque-Conreur en 1965, la municipalité engage des négociations avec les héritiers afin d'acquérir la propriété. L'achat est finalement conclu en 1971. Initialement destinée à accueillir des équipements sportifs pour le collège, la propriété se voit finalement attribuer une nouvelle vocation culturelle. L'ancienne résidence familiale devient la bibliothèque municipale, qui quitte alors les locaux de l'hôtel de ville. Les salons et pièces de réception sont transformés en salles de lecture, espaces de consultation, magasins de conservation et guichet d’accueil, tandis que le parc accueille des lectures et animations culturelles. Cette reconversion permet de conserver le bâtiment tout en l'ouvrant largement aux habitants.

Parallèlement, une partie du parc donnant sur la rue Paul Bert est aménagée pour accueillir le collège Desrousseaux.

En 2007, la bibliothèque municipale déménage dans son nouveau bâtiment à la médiathèque L'Albatros. Le château Debosque connaît alors une nouvelle transformation. Ses espaces accueillent successivement plusieurs services municipaux, notamment la Direction de la Culture, du Tourisme et de l'Animation, avant de devenir le siège de la Direction de la Tranquillité publique et de la police municipale.

La bibliothèque municipale dans les années 1970
Le guichet de la bibliothèque dans les années 1970
La salle de travail de la bibliothèque dans le salon de la maison Debosque en 1991
Le coin enfant à la bibliothèque en 1991

Près d'un siècle après sa construction, le château Debosque demeure ainsi un élément majeur du patrimoine armentiérois. De résidence familiale à bibliothèque, puis de bâtiment administratif à siège de la police municipale, il illustre la manière dont la sauvegarde et la réutilisation du patrimoine permettent de transmettre l'histoire locale tout en répondant aux besoins des générations successives.